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Axel KAHN est venu parler de « la personne handicapée, citoyen d’une société inclusive »

Axel KAHN est venu parler de « la personne handicapée, citoyen d’une société inclusive » Le président ARTIBA a exprimé son bonheur de recevoir, en ouverture de la 5e Handi’Week de l’Université Polytechnique Hauts-de-France, le professeur Axel Kahn, président de la Fondation Internationale pour la Recherche sur le Handicap : médecin, chercheur, homme de science et homme de lettres, « Axel Kahn... représente l’idée d’une Université Polytechnique mêlant les sciences et les humanités », a déclaré le Président.

Axel KAHN a rappelé en introduction que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et la Déclaration universelle des droits de l’homme votée par l’ONU en 1948, indiquent que tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits… et que cela vaut aussi pour les personnes handicapées.
Il utilise d’ailleurs à dessein le terme de « personnes handicapées » et non le terme plus « politiquement correct » de « personnes en situation de handicap » : une femme dans une société machiste est en situation de handicap … mais peut en sortir si la société évolue ; par contre une personne née avec un déficit mental ou de vision ou tout autre handicap devra vivre avec ce handicap de manière permanente…
Les progrès de la science ? oui, ils compenseront certains handicaps : les exosquelettes, les nouvelles prothèses finement articulées par la volonté en interface machine/cerveau, dispositifs auditifs, etc. Mais quand bien même ces évolutions deviendraient financièrement accessibles à tous, certaines personnes resteront toujours handicapées.

Axel KAHN souligne que le soin et l’aide apportée à ceux qui sont en situation de fragilité est la notion constitutive de toute société. C’est une notion fondamentale car c’est l’élément qui consolide le tissu social.

Il considère à cet égard que la loi de 2005 pour l’égalité des chances et des droits de 2005 est l’une des plus grandes lois de la République : évoquant en peu de mots que les personnes handicapées sont avant tout des citoyens, qui doivent au même titre que tous les autres participer à tout l’éventail de ce qui fait la citoyenneté.

Comment faire pour les inclure dans la société ?

  • En évitant bien sûr de les isoler (le handicap nous fait peur et donc nous le tenons à l’écart), en évitant le regard stigmatisant …
  • En formant les personnes (soignants, enseignants) à la gestion du handicap,
  • Mais aussi (et surtout ?) en évitant également le regard trop « charitable », lié à la culpabilité des « valides » d’être valides face à ces personnes handicapées. Plaindre n’est pas aider !

La société inclusive, c’est celle qui permet aux personnes handicapées de réaliser la totalité de leurs potentialités, et notamment dans le travail, ou à l’école. Car avant d’être une personne handicapée, la personne est d’abord et avant tout … une personne, qui ne saurait se résumer à son handicap.

Dans les études : tout faire pour favoriser la scolarisation des jeunes handicapés ! Axel KAHN souligne que si les enfants peuvent être très cruels entre eux, ils sont aussi capables d’une grande empathie. Mais scolariser un jeune handicapé en milieu ouvert pour le laisser seul dans un coin n’est rien d’autre au final que de la maltraitance… Parfois, il faut admettre que pour certaines personnes, des circuits et des structures spécifiques sont nécessaires.
Au travail : moins productives, les personnes handicapées ? Sans doute. Mais à l’heure où l’évaluation individuelle est la règle, nos sociétés doivent aussi être capables de faire « l’éloge de la faiblesse » (A. Jollien). Et Axel KAHN d’ajouter que le fait pour des collègues d’aider un collègue handicapé est un facteur de performance d’équipe, par l’esprit de solidarité ainsi développé. …. Où le management devrait être repensé !

Les personnes handicapées sont sujets aux « peines multiples » : difficultés d’accès à l’éducation, aux soins, et un handicap de base auquel s’ajoutent mécaniquement d’autres handicaps au fur et à mesure du vieillissement… et quand les accompagnants disparaissent, un placement quasiment obligatoire en institution, un drame pour la personne handicapée.

L’accompagnement des personnes handicapées : c’est le grand absent de la loi de 2005

Axel Kahn souligne que bien souvent, les aidants sont les parents ou les membres de la famille. Et ils vieillissent eux aussi. Et ils s’oublient eux-mêmes dans leur rôle d’aidant et développent des pathologies ! Aider les aidants est une urgence absolue. On estime à 6 à 7 millions le nombre d’aidants bénévoles en France, sans lesquels la société s’écroulerait !
Un rapport de l’O.N.U a pointé du doigt l’institutionnalisation à outrance des personnes handicapées en France (une bonne idée sociale au départ, mais qui n’a pas amené que de bonnes choses). Axel KAHN propose de « désinstitutionnaliser le handicap » autant que faire se peut, en faisant fonctionner des réseaux d’aidants.

Pour terminer son allocution, Axel KAHN rappelle à l’auditoire que nous sommes, tous et chacun d’entre nous, des membres de cette société que nous voulons inclusive, et qu’aucun de nous ne peut se défausser !
Comme l’indiquait le président en allocution d’ouverture, ce fut un réel bonheur de participer à cette conférence émouvante faite par un médecin et un chercheur qui nous rappelle finalement à tous que « Je suis un homme ; je considère que rien de ce qui est humain ne m'est étranger » (Terence).