Projets

L’élection présidentielle américaine de 2020

Le questionnement
Comment interpréter la carte par comté de l’élection ? Que nous dit-elle de l’espace politique des États-Unis ? Quelles différences avec la géographie électorale de l’élection de 2016 ?

L’équipe
Jacques Lévy, Ana Póvoas, Sébastien Piantoni, Eurielle Renaud, Justine Richelle, Guillaume Schmitt.

Les résultats
Cette élection confirme et précise l’hypothèse d’une séparation profonde entre deux composantes de la société américaine.

Publications

  • « Topologies politiques » (EspacesTemps.net et Le Grand Continent, 4 décembre 2020).
  • Le Monde
  • Jacques Lévy, Géographie du politique, Paris : Odile Jacob, p. 117-127

 

Figure 1. L’élection présidentielle américaine de 2020.

Figure 13. L’élection présidentielle américaine de 2020.

 

Ce cartogramme (fond : population) montre la grande disparité de géographique entre les candidats Biden et Trump à l’élection présidentielle de 2020. Toutes les grandes villes – le centre, mais aussi une partie de leurs vastes banlieues – a nettement voté Biden, tandis que les banlieues éloignées, les agglomérations « exurbaines », les campagnes et les aires urbaines plus petites ont voté Trump, avec souvent des écarts très marqués dans un sens ou dans l’autre. Le cartouche euclidien permet de prendre conscience de la grande extension territoriale du vote républicain.

 

Le paysage politique tel qu’il apparaît sur la carte (figure 1) est impressionnant. La géographie de l’élection présidentielle américaine de 2020 expose deux mondes que presque tout sépare et qui se trouvent, plus encore qu’en 2016, face-à-face.

 

Face à face

Lors de la Présidentielle de 2020, la couleur politique d’un État dans son ensemble dépend, pour l’essentiel, de la présence et du poids en son sein d’une ou plusieurs métropoles. Même dans les États « rouges » (traditionnellement acquis aux Républicains), les grandes villes donnent des majorités nettes aux Démocrates. Ainsi au Texas, Houston, Dallas, Austin et San Antonio ont rejeté Trump. Dans les cinq États du cœur du « Sud profond », qui semblait, vu de loin, une grande tache rouge uniforme sur la carte, les plus grandes villes, Atlanta, La Nouvelle-Orléans, Birmingham, Charleston et Jackson ont voté Biden. C’est clairement l’agglomération d’Atlanta, avec des scores impressionnants en faveur de Biden, qui compte dans le basculement de la Géorgie.

Les grandes villes sont de plus en plus massivement démocrates : tous les comtés centraux des 38 plus grandes aires urbaines (CSA entre 1,5 et 23 millions d’habitants) ont voté en majorité Biden ainsi que 52 des 58 des aires urbaines de plus d’un million, quelle que soit la couleur dominante de l’État concerné.

Le retournement en 2020, au profit des Démocrates, de deux États, la Géorgie et l’Arizona, après une longue histoire républicaine, ne peut se comprendre sans la prise en compte des mutations démographiques liées à l’urbanisation. L’aire urbaine d’Atlanta comptait un million d’habitants en 1950 (29% de la population de la Géorgie), trois en 1990, six aujourd’hui (57% du total de l’État). Phoenix n’a atteint le million d’habitants qu’en 1970 (59% de la population de l’Arizona), trois un peu avant 2000 et en compte cinq aujourd’hui (69% du total de l’État). Ces deux villes ont grandi très vite : elles ont doublé durant les vingt-cinq dernières années, et ce dans un contexte où l’urbanité (la densité, la diversité, l’espace public) a repris pied dans l’imaginaire des urbains nord-américains. Ces aires urbaines étaient typiques de l’urbanisation diffuse, segmentée et entièrement dominée par l’automobile. Atlanta a longtemps été une des capitales du Vieux Sud conservateur, Phoenix une vaste sun-belt d’urbains peu adeptes de la citadinité. Elles sont désormais elles aussi touchées par la « Renaissance urbaine » qui s’inspire de l’Europe. Il y a aujourd’hui un métro à Atlanta et des trams à Phoenix.

Comme on le constate depuis 2000, la carte électorale des États-Unis se résume de plus en plus à un couple très contrasté. D’un côté, une nappe territoriale républicaine, peu dense mais continue, qui englobe les franges des aires urbaines (suburbs périphériques et exurbs), les petites villes et les campagnes. Ainsi, aucun des 55 comtés de Virginie-Occidentale ou des 77 comtés de l’Oklahoma n’a voté majoritairement pour Biden. De l’autre, le réseau démocrate constitué d’une centaine de métropoles, reliées par les fils multiples des intenses circulations d’humains, d’objets et d’idées.

Dans le cas des États divisés, les écarts s’accroissent entre les grandes villes, pro-Biden et le reste du territoire, pro-Trump. Dans l’Oregon, qui, le 3 novembre a approuvé à plus de 58% par référendum la quasi-dépénalisation de l’usage de toutes les drogues, le mouvement Move Oregon Border (MOB) a obtenu le soutien de deux comtés favorables à Trump pour ouvrir la discussion sur un redécoupage des frontières de l’Idaho qui regrouperait dans l’Idaho les zones républicaines de toute la moitié sud de l’Oregon et même de la partie septentrionale de la Californie, qui se sentent mal représentées dans ces deux États très majoritairement démocrates (Novotny et Griffin, 2020). Le MOB se réclame de la « liberté » qui sera maximale en Idaho face aux « réglementations » qui étoufferaient l’Oregon. Pourtant, au référendum sur les drogues, les comtés républicains enjeux de la sécession ont presque tous voté contre la « liberté » que proposait le référendum(1).

On peut avoir l’impression que des « lignes de front » très marquées se renforcent dans ce type d’État. C’est le cas en Pennsylvanie entre l’est, partie prenante de l’aire urbaine de Philadelphie avec un score de 81,4% pour Biden (comté de Philadelphie, 1 576 000 habitants), tandis qu’au sud-ouest de l’État, 8 comtés, dont aucun n’atteint 70 000 habitants, accordent à Trump plus de 75%(2).

 

 

La puissance de l’affectif. Ces différences géographiques par gradient d’urbanité deviennent absolument centrales car elles sont en phase avec des oppositions, en partie choisies, entre les modes de vie et entre les imaginaires.

On peut faire l’hypothèse que, en comparaison de l’adhésion traditionnelle au Parti républicain, Trump représente ce basculement vers la psychopolitique (voir plus haut), c’est-à-dire une cohérence politique consistant à interpeller les individus, qui sont aussi les citoyens, sur des critères affectifs y compris dans ce qu’il a de plus subjectif et de ce qui semble le plus éloigné des idéologies politiques portant sur la société dans son ensemble. Les électeurs de Trump sont particulièrement convaincus (à 68 %, contre 23 % pour ceux de Biden(3)) que leur pays est menacé par le déclin des valeurs américaines traditionnelles. Ils sont particulièrement hostiles vis-à-vis des élites culturelles et des médias et défendent farouchement leur orientation religieuse et le droit de porter des armes. Le ciment qui les unit a à voir avec des sentiments personnels tels que l’angoisse et le ressentiment (Fleury, 2020). Il n’est pas nouveau de jouer sur les ressorts émotionnels dans la mobilisation politique. Ce qui l’est davantage, c’est le contraste béant entre, d’un côté, une société de plus en plus cultivée et réflexive, et, de l’autre, l’affirmation explicite que les sentiments peuvent être projetés directement dans l’arène publique sans nécessiter un processus complexe de « métabolisation » dans l’« organisme » de la société politique. « J’aime », « je hais », « je ne supporte plus », « j’exige »…, donc je choisis un futur président et, à travers lui, un projet politique et une conception du monde social.

Une autre manière de se représenter cette psychopolitique trumpienne consisterait à souligner son ancrage à la fois moral (plutôt qu’éthique) et communautaire (plutôt qu’individuel). On y retrouve les principes moraux typiques de l’allégeance communautaire (pureté, autorité, loyauté au groupe) que Jonathan Haidt (2012) a appelé le righteous — ce qui est correct, ce qu’il convient de faire, la justesse —, qu’on peut opposer au just, ce qui est légitime parce que rendant meilleure la vie des humains ensemble, la justice (Lévy, Fauchille, Póvoas, 2018). On a affaire ici à un communautarisme défensif à composante libertarienne, qui place tout ce qui est public, sociétal ou gouvernemental dans la mauvaise case. Cette configuration est plus rare en Europe, où les communautarismes à base nationale ou religieuse impliquent le plus souvent une puissante référence à l’État en tant que prestataire de politiques publiques.

 

Des géographies de moins en moins cospatiales. Cette nouvelle géographie, qui se conforte d’élection en élection, affaiblit les anciennes divisions régionales : les fiefs républicains de la moitié sud du pays perdent de leur consistance tandis que l’emprise des Démocrates sur les espaces industriels des Grands Lacs poursuit son affaissement.

Même si des changements peuvent être observés, la carte de 2020 ressemble beaucoup à celle de 2016, et ce, malgré le fait qu’il y a eu vingt millions de votants en plus. Que cette impressionnante mobilisation des deux camps ne fasse que renforcer la coupure brutale du pays en deux parties mutuellement hostiles laisse prévoir que les mésententes américaines sur la manière de faire société vont durer. Les citoyens des États-Unis et d’ailleurs devront d’abord prendre la mesure de ces clivages profonds s’ils veulent espérer les dépasser.

Dans l’ensemble, l’élection de 2020 accentue les polarisations de 2016 (figure 14). Les États ne comprenant pas d’aire urbaine millionnaire, qui avaient déjà voté massivement et de manière homogène pour Trump en 2016, le font encore davantage en 2020. Ceux qui, au contraire, avaient voté très nettement pour Hillary Clinton en 2016 l’ont fait encore plus pour Biden en 2020.

 

 

Figure 2. L’élection présidentielle américaine de 2020 comparée à celle de 2016.

Figure 14. L’élection présidentielle américaine de 2020 comparée à celle de 2016.

La comparaison entre les deux dernières élections montre des modifications de la géographie du vote : un renforcement des démocrates dans les villes et dans une large part de la banlieue. D’une élection à l’autre, le vote Trump progresse surtout dans une partie de l’électorat d’origine latino-américaine.

 

L’effritement du vote communautaire. Un découpage purement socio-économique des électorats n’aboutit pas à des résultats clairs. Trump obtient de très bons résultats parmi les ouvriers des bassins industriels en crise mais, les sondages le confirment(4) (voir notamment le très consistant Edison Research, 2020), ce sont les personnes aisées qui le soutiennent le plus nettement. La comparaison avec 2016 montre que les « attracteurs » ethniques ont également moins joué cette fois.

Miami, la plus grande aire urbaine (7 millions d’habitants) à n’avoir pas suffi à faire basculer l’État au profit de Biden a tout de même donné la victoire au candidat démocrate, mais de relativement peu (53 % dans le comté de Dade). Dans cette aire métropolitaine du sud de la Floride, ce n’est pas le centre qui est le plus démocrate, mais le comté de Broward qui contient Fort-Lauderdale, une ville presque cinq fois moins latino-américaine (14% contre 70) que Miami. Plus au nord, Orlando (25% d’originaires d’Amérique latine), une aire urbaine de 6 millions d’habitants (centre : comté d’Orange, Biden 61%), donne aussi aux Démocrates un meilleur score que Miami, tandis que les comtés centraux de Tampa (aire urbaine de 3,2 millions) et Jacksonville (1,7 million) offrent un partage des voix comparable.

L’exception cubaine de Miami est bien caractérisée. Cependant, le succès de la rhétorique anticommuniste que Trump n’a pas hésité à appliquer en visant le parti démocrate s’est aussi fait sentir en dehors des descendants d’immigrés cubains. Biden fait moins bien que Hilary Clinton en 2016 le long du Rio Grande, où les électeurs originaires du Mexique et d’Amérique centrale sont majoritaires. Des comtés frontaliers où les Latinos dominent (Zapata, Val Verde et Husdpeth) ont donné la majorité à Trump. Or les raisons qui ont conduit à cette réticence semblent bien relever pour une part de la sensibilité de cet électorat à la situation de l’état de droit et de la démocratie en Amérique latine. L’actualité vénézuélienne, présente sur la scène publique aux États-Unis a joué son rôle, et d’autant plus qu’environ 600 000 immigrés originaires du Venezuela, dont beaucoup sont des réfugiés politiques, se trouvaient dans le pays.

De même, le score en légère baisse qu’ont obtenu les Démocrates à Brooklyn, dans le Queens et le Bronx laisse aussi penser que le communautarisme racial, parfois associé à des violences, qu’une partie de l’extrême gauche a promu à l’occasion de la protestation contre les meurtres répétés d’Afro-Américains par des policiers, se révèle un levier risqué. Il éloigne des Démocrates une partie des électeurs attachés à un progressisme visant le dépassement des allégeances communautaires et respectueux de la paix civile. De fait, si les Afro-Américains continuent de voter massivement démocrate, c’est moins le cas en 2020 qu’en 2016.

L’affranchissement vis-à-vis des allégeances traditionnelles commence à se manifester parmi eux, et plus encore pour les autres catégories ethniques et pour celles définies par le sexe et l’âge. Ces inflexions incitent à sortir d’une vision structuraliste, fondée sur l’essentialisation des principes communautaires qu’il faudrait accepter comme définitives et qu’on pourrait seulement croiser entre eux. Cette « intersectionnalité » (Creenshaw, 1989) est conçue comme une combinaison d’attributs tenus pour intangibles.

Or, dans l’ensemble, Trump fait mieux qu’en 2016 chez les hommes noirs, chez les femmes blanches et chez les électeurs se réclamant de groupes LGBTQ(5) (Blow, 2020). L’idée qu’une option gagnante consisterait à agréger les « minorités » s’en trouve fragilisée. Ce carrefour stratégique anime les débats au sein du Parti démocrate qui est le bénéficiaire le plus classique de ces coalitions multicommunautaires, avec lesquelles Barack Obama avait pris ses distances mais que les brutaux partis pris de Trump avaient, symétriquement, relancées. C’est au contraire la politique, fondée sur les idées, certes parfois terriblement simplistes, qui a montré sa force à l’élection de 2020. Il ne s’agit plus alors de blocs figés comme des bataillons qu’on disposerait sur un champ de bataille. Les deux principaux candidats ont rassemblé sur leur nom vingt-cinq millions d’électeurs supplémentaires par rapport à 2016, quatorze pour Biden, onze pour Trump. Cela s’est joué sur une scène hautement politique, sur des questions d’action publique, de valeurs, de conception de la vie en société et de rapport au Monde.

En fait, le partage de l’espace étatsunien entre Biden et Trump ne fonctionne pas seulement comme une frontière linéaire, mais très largement comme une confrontation entre deux familles de métriques, les territoires et les réseaux. En Pennsylvanie, par exemple, l’espace de Trump forme en effet un ensemble continu tandis que hors de Philadelphie et de ses marges, les zones de force de Biden ne comprennent que trois comtés isolés, dont ceux du centre des aires urbaines millionnaires de Pittsburgh et de Harrisburg. C’est la cospatialité* (des couches superposées et plus ou moins connectées entre elle), plutôt que l’interface* (une juxtaposition d’aires se faisant face) qui permet de mieux comprendre la manière dont s’organise la confrontation entre l’espace de Biden et celui de Trump : deux manières opposées de faire espace qui couvrent, chacune à sa manière, l’ensemble du territoire des États-Unis.

Dans ces conditions, il est logique que la croissance des aires urbaines s’accompagne d’une extension du vote démocrate à la banlieue. Une différence vient des progrès démocrates dans les banlieues des grandes villes ayant voté Biden mais se situant dans des environnements à dominante républicaine. À Atlanta, Houston, Austin, Phoenix, Denver ou Salt Lake City, des comtés qui combinent du suburb (banlieue) et de l’exurb (périurbain) donnent de larges majorités à Biden, alors qu’on y votait habituellement républicain. Il est possible qu’il y ait une dimension conjoncturelle à ce vote, Trump ayant joué un rôle répulsif pour cette composante suburbaine du groupe moyen, disposant d’un bon capital scolaire et de revenus supérieurs à la moyenne. Il s’agit là en tout cas d’une « prise » prometteuse pour les Démocrates.

En conséquence, le poids de la ou des métropoles dans la population d’un État constitue un bon outil de prédiction pour les élections à venir. Les aires urbaines à la fois peuplées et à forte dynamique démographique constituent les éléments les plus déterminants pour faire basculer un État des Républicains aux Démocrates. Ainsi, en Caroline du Nord, où Trump a obtenu une courte majorité, les trois grandes aires urbaines Charlotte (Metrolina, 2,8 millions d’habitants), Raleigh (The Triangle, 2,1 millions) et Greensbroro (Piedmont Triad, 1,7 million) ont donné une nette victoire à Biden. Elles sont en croissance rapide et représentent près des deux tiers de la population de l’État. La menace que s’interrompe un jour prochain la longue domination républicaine existe aussi en Caroline du Sud et au Texas où les quatre principales aires urbaines (Dallas, Houston, San Antonio et Austin), dont les villes-centres ont toutes voté démocrate, cumulent plus de vingt millions d’habitants sur les vingt-neuf que comptent l’État.

 

Des États-Unis au Monde. Aux États-Unis, il a été possible de fabriquer un groupe majoritaire ou proche de la majorité en rassemblant des composantes où on serait tenté de reconnaître, comme en France, les Gilets Jaunes, La manif pour tous et le Rassemblement national, dans une variante libertarienne plus marquée qu’en Europe. On n’est pas très loin non plus de ce qu’on observe en Hongrie ou en Pologne. Le surcroît de capital économique (revenus et patrimoine) sur le capital scolaire se retrouve pourtant aussi en France avec les Gilets jaunes. Dans les deux cas, le sentiment d’être perdant se nourrit de la perception de ne pas avoir accès à un monde où dominent les atouts de nature culturelle. La problématisation de ces lignes de clivages conduit à confirmer la ligne de fracture entre capital de stock et capital de flux, avec, d’un côté des assets composés d’éléments isolables, cumulables et permanents, assimilables sans remise en question de l’identité personnelle préexistante et, de l’autre, un capital social associé à des capacités reposant sur la production réflexive et systémique de soi, l’exposition au monde extérieur et la valorisation du changement comme ressort de l’identité. C’est ce qui explique le lien entre la dominance sociétale (sociétés de communautés/société d’individus) et les capacités productives (protectionnisme nationaliste/développement endogène de lieux insérés dans un environnement mondial). L’Amérique « bleue » est celle qui bouge, dans les deux sens du terme : on y définit son identité dans le mouvement environnant mais aussi dans le changement de soi, par l’acquisition permanente de nouvelles capacités personnelles. Au contraire, l’électorat de Trump cherche à résister au tourbillon du Monde en défendant pied à pied des acquis menacés.

Les électeurs de Trump ne sont pas tous, loin s’en faut, en échec économique (le revenu moyen de ses électeurs est supérieur à celui de Biden et il fait ses meilleurs scores dans les couches aisées), mais ils sont ceux qui spatialement et culturellement sont les moins connectés à la composante de la société américaine qui est indissociable du changement et de la mondialité. On peut résumer les multitudes d’enquêtes, de reportages et de déclarations, en faisant l’hypothèse que ce que les soutiens de Trump ne supportent pas, c’est qu’ils soient contraints, pour s’ajuster à des évolutions imposées de l’extérieur de renoncer à une identité qu’ils voudraient immuable. Le changement de soi dans le mouvement du Monde est valorisé dans le réseau démocrate, rejeté dans le territoire républicain. Plus précisément, l’amplitude du changement de sa propre vie considéré comme acceptable par les électeurs de Trump passe pour eux sous le seuil de ce qui est exigé par le monde extérieur. Autrement dit : on exige d’eux, disent-ils, plus que ce qui est tolérable. Est-ce une question de principe ou seulement de rythme ? Les prochaines années permettront peut-être de répondre à cette question.

 

Pour aller plus loin, retrouvez l'article dont cette présentation est extraite: « Topologies politiques », EspacesTemps.net, 2021.

(1) Voir les résultats du referendum sur : <https://www.nytimes.com/interactive/2020/11/03/us/elections/results-oreg....

(2) Fulton 85,5, Bedford 83,5 Juniata 80,1, Potter 79,9, Jefferson 78,7, Somerset 77,6, Miffin 77,5 et Armstrong 75,6.

(3) Voir Rivière, Emmanuel, « Gardons-nous de lire résultat de la présidentielle américaine avec une grille de lecture française », Le Monde, 10 novembre 2020.

(4) Edison Research, 2020. « Exit Polls : How Different Groups Voted », The New York Times, 3 novembre 2020.

(5) Blow, Charles M., 2020. « Exit Polls Point to the Power of White Patriarchy », The New York Times, 4 novembre 2020.