Ma thèse en 3 questions

La parole est donnée aux doctorants et jeunes docteurs. Ils présentent leurs travaux en répondant à 3 questions.

Poids du risque-perçu décisionnel en contexte d'innovation, par Benjamin Astier, jeune docteur en sciences de l’information et de la communication de l’UPHF (2021), attaché temporaire d’enseignement et de recherche au LARSH (département DeVisu) et à l’IUT.

Quelle est l’originalité de vos recherches doctorales ?

La majeure partie des projets d’innovation échoue. Aussi, dans la Région des Hauts-de-France – lieu de mes travaux – les enjeux d’innovation sont nombreux. En prenant l’industrie textile comme terrain de mes recherches, se pose alors des questions comme : Comment relocaliser le textile tout en restant compétitif ? Comment relier la technologie 4.0 et les savoir-faire traditionnels ? Est-il possible d’organiser des actions collectives entre des entreprises concurrentes aux problématiques similaires ?

Sous cet angle, une première originalité de ma thèse vise à saisir l’influence d’un écosystème d’innovation territorial à travers la manière dont des cadres en entreprise ou les entrepreneurs perçoivent-ils les risques inhérents aux processus innovation, d’un point de vue info-communicationnel. Comment construisent-ils leur « paysage stratégique » à partir de leurs perceptions ? Quels risques perçus – à tort ou à raison – apparaissent prépondérants dans les processus décisionnels ?

Une deuxième originalité tient à la modélisation de la dynamique du risque-perçu. Suite à une étude exploratoire et inductive, la formalisation de cette dynamique se constitue en deux parties. La première partie met en évidence des éléments prégnants de l’écosystème des HdF, à savoir le Dispositif, les Réseaux, l’Aspiration, l’Infrastructure et le Territoire. La seconde partie relève des attributs de risques-perçus associés de manière pondérée par des acteurs sociaux eux-mêmes aux cinq éléments clés de l’écosystème. Les quatre attributs bivalents et reliés sont la Confiance, le Renseignement, la Faisabilité et la Différence. Le croisement des éléments prégnants de l’écosystème par une pondération des attributs éclaire ainsi la nature du risque-perçu décisionnel.

Ces travaux changent quoi ?

Les travaux doctoraux cernent plus précisément les pratiques informationnelles managériales qui tendent à accentuer ou à atténuer les risques liés à l’innovation. Ainsi, la thèse offre aux décideurs publics, souhaitant agir sur l’écosystème, une typologie des besoins décisionnels des acteurs sociaux impliqués dans l’innovation en fonction de leur position, activité, situation et environnement.

Dans cette optique, la thèse développe une aide à la décision portant sur la dynamique des perceptions des risques au sein d’un écosystème d’innovation. Pour ce faire, les travaux opérationnalisent une analyse informationnelle (la manière dont certaines données éclairent les enjeux décisionnels) et communicationnelle (ce que des acteurs sociaux partagent comme normes, attentes, …) au sein d’un écosystème territorial.

Quel était le défi majeur à surmonter ?

Un grand défi était de cerner le secteur de la mode et du textile qui se trouve en mutation organisationnelle et technologique. Certaines entreprises, les petites comme les mastodontes, jouent parfois leur survie sur un marché extrêmement concurrentiel. Cela a comme effet d’exacerber la discrétion des dirigeants sur leur stratégique et leurs pratiques. Nous sommes, donc, dans un domaine où la confidentialité des données est primordiale.

Ces contraintes de la réalité opérationnelle ont eu un impact sur la manière dont les données de terrain ont été recueillies et analysée. Cela a nécessité une élaboration d’une méthodologie de recherche mixte, fondée sur les travaux de Pierre Vermersch (2019) et d’Alex Mucchielli (2016) notamment, concernant les méthodes d’entretiens et d’analyses qualitatives, puis des travaux de George Kelly (1955), en psychologie, sur l’approche Repertoty Grid.

En mot de fin, la thèse a été réalisée grâce au co-financement de la Région Hauts-de-France et de l’équipe de recherche HémisF4ire Design School (Institut Catholique de Lille) ainsi que par l’encadrement doctoral en Sciences de l’Information et de la Communication du département DeVisu.

Les comics mainstream des États-Unis à la France. Une contribution à l’histoire globale, par Pierre-Alexis Delhaye, doctorant.

Quel est le sujet de vos recherches ?

Mes recherches portent principalement sur les comics mainstream, c’est-à-dire les narrations graphiques produites aux États-Unis par des éditeurs comme Marvel ou DC Comics et qui racontent le plus souvent des histoires de super-héros. J’en étudie deux aspects en particulier. Le premier est la part socio-politique de ces publications, pour mieux comprendre comment elles peuvent aider à penser l’époque contemporaine pour le lecteur. Le second est surtout éditorial puisqu’il s’agit d’analyser les façons de publier les comics dans le transfert culturel, soit comment ils sont importés vers le monde francophone, traduits, adaptés, censurés et édités en revues anthologiques entre les année 1960 et 1990.

Pourquoi analyser des comics ?

Les comics me passionnent depuis une vingtaine d’années maintenant mais au-delà de cet intérêt personnel, il y a la conviction que ces publications populaires sont un accès idéal pour l’histoire des mentalités, la fiction se faisant ici un moyen de réinterprétation du politique, en premier lieu pour le lecteur états-unien. Par la diffusion internationale, les comics font aussi partie d’une histoire culturelle globale, un champ qui a été exploré plutôt pour les relations intellectuelles ou artistiques légitimées mais plus rarement pour les médias les plus populaires. Les éditeurs analysés dans ma thèse (Les comics mainstream des Etats-Unis à la France. Une contribution à l’histoire globale) n’ont presque jamais été les sujets de recherches approfondies, là où les études sur les grands éditeurs de bande dessinée franco-belge se sont multipliées dans la dernière décennie.

Qu’est-ce que cette approche apporte de nouveau ?

Le fait de traiter mon sujet par une analyse à la fois historique et littéraire permet d’observer un transfert culturel complet, à la fois sur le contenu des publications et leur réception, grâce aux courriers des lecteurs par exemple, et sur les conditions de ce transfert, comme la législation qui engendre une censure des comics en France. C’est l’occasion de mieux connaître ceux que l’on qualifie de passeurs, les éditeurs et traducteurs oubliés qui organisent le transfert dans des conditions défavorables, parfois d’anciens Résistants qui se reconvertissent dans la presse pour la jeunesse après la guerre. C’est aussi une manière de revenir aux sources d’un imaginaire des super-héros aujourd’hui bien installé en France, comme en témoigne leur succès au cinéma.

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