Sandra Olivier

Sandra Olivier Professeure des écoles depuis 1996 et maître formateur depuis  2004, elle a pu, durant sa carrière professionnelle, participer à plusieurs groupes d’échange et de recherche en pédagogie et didactique dans plusieurs disciplines. Ces différents travaux, conduits pour la plupart par des enseignants chercheurs, ont été enrichissants et sources de motivation, venant à la fois nourrir sa pratique de classe et élargir le champ de ses compétences professionnelles. Tentant de répondre sans cesse à de nouvelles interrogations et n’ayant cesse d’expérimenter de nouvelles modalités d’enseignement, elle considère que tout enseignant devrait être chercheur, afin de pouvoir guider chaque élève sur le chemin de ses apprentissages et construire le sens qu’il convient de leur donner.
Plus récemment, elle a pu intégrer un groupe de recherche académique interrogeant la mobilité des élèves, puis la chaire « Intelligence spatiale » au sein de l’Université polytechnique Hauts-de-France,  sous la direction de M. Jacques Lévy. Elle s’intéresse aujourd’hui à la question des « élèves habitants » et s’interroge sur la question de savoir comment, à partir de leurs propres expériences de l’espace, les élèves peuvent être conduits à comprendre le Monde, au sens de le vivre et le penser, et à prendre ainsi conscience de leur dimension géographique. Elle présuppose alors que l’enseignement de la géographie, à travers le concept de l’habiter, constitue aujourd’hui un levier pouvant relier pratiques individuelles et lecture du Monde, levier indispensable à une pratique raisonnée de cet espace partagé.
Habiter- capital spatial- espace- mobilités- spatialité- Monde- Enseignement- Géographie

SE CONSTRUIRE HABITANT 

De la pratique des lieux à la compréhension du monde au cycle 3

Le concept d'habiter est devenu central en géographie et a fait son apparition dans les programmes scolaires.
Olivier Lazzarotti en définit ainsi le sens : « Habiter, c’est faire une expérience du Monde, autrement dit une expérience de soi et des autres qui passe par ses lieux et ses territoires, (…) une expérience géographique donc. Elle est celle de tous et de toutes : être dans son logement, parcourir la ville, traverser les continents en sont autant de formes, de manifestations, parmi tant d’autres. D’un autre coté, l’ « habiter », mis entre guillemets, définit le concept d’une science, la science géographique : son projet est de mettre des mots sur cette humaine expérience. » 1
Du point de vue de l’école,  l’habiter est devenu « la porte d’entrée au raisonnement géographique, prenant tout d’abord appui sur les expériences des élèves. L’enseignement de la géographie aide l’élève à penser le monde. Il lui permet aussi de vivre et d’analyser des expériences spatiales.  Il conduit à faire prendre conscience de son expérience géographique de son existence. Il participe donc de la construction de l’élève en tant qu’habitant. » 2
L’habiter se vit mais doit donc aussi s’apprendre.
La géographie d’aujourd’hui « se mue en une science de l’habitation humaine qui tente de comprendre comment on peut habiter l’espace terrestre, à toutes les échelles, du lieu au monde, sans le rendre inhospitalier, pour soi comme pour les autres. »3
L’enseignement de la discipline se propose de considérer les élèves à la fois comme ressources, en tant qu’acteurs de leurs lieux et territoires, et apprenants.
Comment, à partir de leur propres expériences de l'habiter, les élèves peuvent-ils être amenés à comprendre le monde et par là même ouvrir le champ de leur(s) possible(s) devenir(s)?
Pour autant, que reste-t-il de leurs expériences avec l'espace? Connaissent-ils leur(s) lieux de vie? Quelle(s) représentations du monde se sont-ils déjà forgée(s)?
En premier lieu, c’est au sein de la famille que l’enfant fait ses premières expériences de l’espace et avec l’espace. Est-ce là une première manière d’habiter ? Comment définir « l’enfant-habitant ? », Est-ce là un « habiter passif, subi » ? Quelle part de choix, de liberté est laissée à l’enfant ?
Puis, c’est également le rôle de l’école de faire des élèves des acteurs réflexifs sur leur propre habiter, de développer chez eux des connaissances géographiques et  des compétences spatiales.
Les enjeux de cette recherche viseront tout d'abord à cerner l'idée du "devenir habitant", en conscientisant chez les élèves leurs expériences avec l'espace, en explorant puis en dépassant celles-ci dans le but de lire le monde au-delà de soi.
Le second intérêt est d'ordre didactique et cognitif, dans une approche de la géographie qui se veut sensible, afin que les élèves deviennent acteurs de leur vie, de leur(s) territoire(s) et parviennent à mieux appréhender le monde qui les entoure.
Cette recherche, encadrée par la chaire « Intelligence spatiale » de l’UPHF, s’inscrit également dans le cadre de la recherche académique I.S.E. (de l’intelligence spatiale pour l’école). Celle-ci est dirigée par Jacques Lévy et Olivier Lazzarotti, co-directeurs de cette future thèse. Elle fait également suite au rapport EPER (de l’Espace Pour l’École de la Réussite), qui stipule en conclusion qu’il conviendrait d’ « assurer à tout habitant, où qu’il vive une formation initiale génératrice de capacités suffisantes pour lui permettre de disposer du droit effectif d’opérer des choix stratégiques d’échelle biographique. »
L’objectif est donc de comprendre et de partager comment l’habiter peut être appréhendé par des élèves de cycle 3, comment il peut également se construire,  peu de recherches ayant été effectuées sur ce point dans le premier degré.
Cette recherche permettra d’expérimenter et d’analyser des séances de classes afin de déterminer leur efficience dans la construction de l’habiter chez les élèves, ainsi que dans le développement de leur capital spatial.
Ces résultats et analyses pourront également être utilisés dans le cadre de la formation initiale et continue, en didactique de la géographie.

1Lazzarotti O.  « Habiter le monde », Documentation photographique, n° 8100, juillet-août, 2014, 64 p., Paris, La Documentation française p. 3

2https://cache.media.eduscol.education.fr/file/programmes_2018/20/2/Cycle_3_programme_consolide_1038202.pdf p.6

3 Lussault M. 2007- L’homme spatial- Seuil p. 351