Le professeur, chercheur et artiste brésilien Fabio Fonseca

Le professeur, chercheur et artiste brésilien Fabio Fonseca

  • Recherche et innovation

« La gravure comme espace de mémoire » — Rencontre avec Fabio Fonseca

Le LARSH accueille pour trois mois le professeur, chercheur et artiste brésilien Fabio Fonseca, spécialiste de l'œuvre du graveur Gilvan Samico. L'occasion d'une conversation autour de la géométrie, de la mémoire et de la liberté créatrice.

Samico, ou l'évasion de l'espace réaliste

Pour Fabio Fonseca, la géométrisation chez Gilvan Samico n'a rien d'un simple procédé technique : elle est le signe d'une véritable évasion.


« Samico s'est échappé de l'espace réaliste pour construire un espace dans l'imaginaire. La composition en deux dimensions coupe avec la réalité. C'est pour cela que c'est plus qu'un processus technique : c'est un espace qui s'éloigne du réel. »


Sa recherche rapproche ainsi les gravures de Samico de figures du Moyen Âge, inscrites elles aussi dans des espaces géométriques fermés, plus proches du schéma que de l'imitation du monde.

Fabio Fonseca est professeur au département des arts visuels de l'Université fédérale d'Uberlândia (UFU), dans le domaine du dessin. Docteur et master en théorie et histoire de l'art de l'Université de Brasília (UnB), après un séjour d'études au Centre de linguistique de l'Université de Lisbonne, il est aussi titulaire d'une licence en gravure de l'École de Musique et des Beaux-Arts du Paraná (EMBAP-PR). Spécialiste de l'histoire de l'art du XXe siècle, il mène actuellement des recherches sur le processus de survivance des images, en articulant théorie, histoire de l'art et pratique artistique. Il dirige au Brésil le Groupe de recherche « Poétiques de l'image » - GPPI (en portugais Grupo de Pesquisa Poéticas da Imagem).

Des images qui font mémoire

Fonseca propose une lecture audacieuse : les gravures de Samico fonctionnent comme des « lieux mnémoniques », au sens de l'historienne Frances Yates. Dans l'art de la mémoire antique, l'orateur parcourt mentalement un espace architectural et dépose en chaque lieu une figure frappante, qui lui permet de restituer une partie de son discours.


« Samico construit des espaces fermés, comme des espaces architecturaux. Il optimise des éléments du Moyen Âge — les quadrilobes, comme dans les vitraux. Ce sont ces espaces qui sont les espaces de la mémoire. »


L'artiste n'a jamais pensé son œuvre ainsi : c'est là toute l'interprétation du chercheur, qui voit dans ces compositions contraintes et délimitées de véritables machines à se souvenir.

Au LARSH : exposition et médiation

Invité pour trois mois au LARSH, Fabio Fonseca y participe notamment à une exposition collective, dont il assure, en collaboration avec Nikoleta Kerinska, professeure à l'UPHF, la sélection et l'organisation des œuvres à exposer, ainsi que la rédaction des textes qui constituent la narration de l'exposition - entendue comme une médiation entre l'œuvre et le public, dans le prolongement du travail mené au sein de l'Espace Ronzier.

La leçon de Samico : la liberté

Gilvan Samico, « L'épée et le dragon », 2000. Xylographie, 93 × 48,7 cm.

Gilvan Samico, « L'épée et le dragon », 2000. Xylographie, 93 × 48,7 cm.

Contexte brésilien des années 1940 : le réalisme social domine, et les artistes sont sommés de traduire un schéma social dans leurs œuvres. Samico, lui, refuse de s'engager dans ce dogme — au point que ses premières œuvres, pourtant réalistes, furent jugées insuffisamment engagées par les critiques de l'époque, qui rêvaient d'une réalité qui n'était que leur réalité.
 

« La réalité était autre que celle que les intellectuels de l'époque imaginaient. Ce que je dirais de son œuvre, c'est qu'il faut travailler librement. C'est la leçon que je retiens. »