Genre et territoire : mémoires minières et perspectives contemporaines
Direction scientifique : Josué Gimel, Aymée Robinowitz, Irène Sartoretti, Nathalie Watteyne
Ce projet de recherche interdisciplinaire interroge l’histoire minière du Nord à partir de la question du genre. Longtemps dominé par un récit masculin, le passé industriel du Nord recèle pourtant une présence féminine massive et encore largement méconnue — celle des femmes ouvrières, des travailleuses de l’espace domestique, ou encore des femmes engagées dans diverses formes d’associationnisme local.
En croisant arts, médiation culturelle et sciences humaines et sociales, le projet vise à faire émerger de l’invisibilité le rôle des femmes dans la construction des espaces locaux, entre contraintes, engagements et résistances. Il entend ainsi contribuer à une réécriture citoyenne du récit territorial, fondée sur la reconnaissance publique des contributions des femmes.
Dans le cadre de ce projet, une journée d’études s’est tenue le 13 juin 2026. Chercheur·es, artistes et acteurs de la médiation culturelle ont croisé leurs regards autour de deux grandes thématiques. La matinée, consacrée aux représentations des femmes du territoire, a permis d’explorer différentes entrées : mémoire des femmes de la mine (Virginie Malolepszy, Centre Historique Minier), iconographie féminine sur les plaques de cheminée du XVIe au XIXe siècle (Nicolas Devigne, LARSH/UPHF), pratiques artistiques contemporaines mobilisant l’héritage textile comme acte de résistance (Élodie Derache) et outils audiovisuels comme vecteurs de mise en récit des femmes du territoire (Manon Briatte et Kaitline Wucher, Collectif Losange Noir).
L’après-midi a porté sur l’agentivité des femmes des classes populaires aujourd’hui dans l’espace local, interrogeant les micro-résistances du quotidien dans les cités minières (Pauline Auclair), l’engagement associatif féminin en banlieue populaire des années 1980 à nos jours (Violette Arnoulet, Université Paris Dauphine–PSL), ainsi que les formes d’engagement contraint qui structurent encore la place des femmes dans le Denaisis (Aymée Robinowitz).
Le choix du lieu n’était pas anodin : accueillir cette journée dans le musée dédié à Louise de Bettignies, figure de la résistance féminine pendant la Première Guerre mondiale, ancre d’emblée la réflexion dans une tradition locale de reconnaissance — encore partielle — des femmes qui ont façonné ce territoire.