Thomas Barège, directeur du département DeScripto (LARSH)

Thomas Barège, directeur du département DeScripto (LARSH) - © UPHF

  • Recherche et innovation

DeScripto : L’art de créer du lien entre disciplines et œuvres

Au cœur de l’Université Polytechnique Hauts-de-France (UPHF), le département DeScripto du Laboratoire de Recherche Sociétés et Humanités (LARSH) incarne une aventure scientifique et humaine unique. Né il y a quatre ans d’une réorganisation des laboratoires de recherche, DeScripto rassemble des chercheurs en littérature, linguistique et arts plastiques autour d’un projet commun : repenser les frontières entre disciplines pour explorer de nouvelles formes de création et de savoir.

Genèse et mission : un laboratoire né de la fusion et de l’ambition

DeScripto trouve ses origines dans la restructuration du laboratoire Caliste, scindé en deux entités distinctes lors de la transformation de l’UVHC en UPHF. Si une moitié a fusionné avec une branche du département DeVisu pour former le laboratoire Criss, l’autre — regroupant littéraires, linguistes et chercheurs en arts — a donné naissance à DeScripto. Malgré les défis initiaux, ce département a su s’imposer comme un espace de dialogue entre des disciplines souvent cloisonnées.

« L’enjeu était de donner une visibilité à des champs de recherche parfois marginaux, comme la littérature comparée ou la linguistique, où nous ne sommes que deux ou trois chercheurs par spécialité », explique Thomas Barège, enseignant-chercheur au sein du département. Cette diversité apparente s’articule, au départ, autour d’un objet commun : l’ob-scène, un concept jouant sur les mots obscène (ce qui ne doit pas être montré) et ob-scène (la mise en scène), interrogeant les tensions entre langage, représentation et normes sociales.

Aujourd’hui, DeScripto s’organise autour d’un nouveau projet fédérateur : « Faire/œuvre », avec un slash, explorant les processus de création, de reconnaissance et de patrimonialisation des œuvres, qu’elles soient littéraires, artistiques ou performatives.
 

L’interdisciplinarité en pratique : un atout pour la recherche

Avec près d’une dizaine de sections du CNU* représentées, DeScripto est un laboratoire où se croisent les méthodes et les regards. « Travailler ensemble nous oblige à sortir de nos cadres habituels et à voir nos objets de recherche sous un angle nouveau », souligne Thomas Barège. Un littéraire y gagne le regard d’un linguiste, un spécialiste du spectacle celui d’un historien de l’art. Cette fertilisation croisée se traduit par des colloques transversaux, comme celui organisé fin 2025 sur la linguistique, ou le colloque à venir sur traduction et musique, co-construite avec des chercheurs de l’UPHF et des artistes.

L’intégration des outils numériques joue également un rôle clé, notamment pour étudier les récits de l’hyper-humain ou capturer des performances éphémères. « Amos Fergombé, directeur du LARSH, est un pionnier dans l’analyse des usages du numérique pour le spectacle contemporain. Nous, littéraires, utilisons aussi des outils technologiques pour analyser des corpus qui, par ailleurs, sont de plus en plus intermédiaux. », précise Thomas Barège.
 

Défis et perspectives : entre contraintes budgétaires et ambitions scientifiques

Malgré son dynamisme, DeScripto fait face à des défis structurels. Avec 40 doctorants encadrés par une trentaine d’enseignants-chercheurs, le laboratoire consacre un quart de son budget annuel au financement des thèses. « Nous sommes victimes de notre succès : la demande est forte, mais les moyens sont limités, notamment pour les missions de terrain ou les colloques », reconnaît Thomas Barège.

Pourtant, les collaborations régionales et internationales offrent des leviers précieux. DeScripto entretient des partenariats avec :

  • La Maison Européenne des Sciences Humaines et Sociales – MESHS sur le plan scientifique.
  • Le Phénix (scène nationale) et le Musée des Beaux-Arts de Valenciennes pour des projets culturels.
  • L’Université de Mons (Belgique), Sherbrooke (Canada) et Murcia (Espagne) pour des co-directions de thèses et des échanges Erasmus.
  • Des réseaux à l’étranger comme en Allemagne, au Liban, en Irlande...

À l’horizon 2030, DeScripto entend poursuivre son exploration des deux axes « Poésie, art et performance » et « Discours, langues, traductions », tout en renforçant son ouverture interdisciplinaire et transdisciplinaire. L’effacement – même relatif – des cloisonnements disciplinaires offert par la transdisciplinarité permet souvent de rendre davantage justice à la complexité des œuvres. 
 

Une conclusion tournée vers l’avenir

« DeScripto n’est pas seulement un laboratoire, c’est un espace où l’on apprend à penser ensemble, malgré — ou grâce à — nos différences », conclut Thomas Barège. « Nous espérons nourrir les questions d’interdisciplinarité, qui sont au cœur de notre démarche. »

Pour les futurs chercheurs ou doctorants, le message est clair : « Venez avec vos singularités. Ici, elles seront écoutées, discutées et mises en dialogue. »
 

*Les sections du CNU : une diversité disciplinaire riche

Le Conseil National des Universités (CNU) organise les disciplines universitaires en sections, chacune correspondant à un domaine scientifique ou académique.