Société à Mission : Et si les Hauts-de-France devenaient le Laboratoire d’une Révolution Entrepreneuriale Européenne
L’Entreprise de Demain Existe Déjà… Mais On Ne la Connaît Pas Assez
Imaginez une entreprise où la raison d’être dépasse le profit, où les salariés deviennent des co-entrepreneurs, et où l’impact social ou environnemental est aussi important que le chiffre d’affaires. Ce n’est pas une utopie : c’est la société à mission, un modèle né en France en 2019 avec la loi PACTE.
Pourtant, malgré son potentiel, seulement 2 500 entreprises l’ont adopté. Pourquoi ? Parce qu’il reste méconnu, mal compris, et sous-estimé.
Matthieu Caron, maître de conférences en droit public au sein du Laboratoire LARSH, à l’Université Polytechnique Hauts-de-France – UPHF, et porteur du projet "Société à Mission Europe", en est convaincu : « La société à mission n’est pas un outil cosmétique. C’est un levier de leadership pour les dirigeants. Les salariés veulent du sens, et ce modèle permet de le construire ensemble. » Son ambition ? Faire des Hauts-de-France le point de départ d’une révolution entrepreneuriale en Europe.
Pourquoi les Hauts-de-France ? Un Territoire "À Mission" Depuis Toujours
Choisir les Hauts-de-France comme terrain d’expérimentation n’est pas un hasard. « Dans le Nord, les entreprises n’ont pas attendu la société à mission pour avoir une raison d’être, » explique Matthieu Caron. Des géants comme Bonduelle ou Mulliez ont toujours allié performance économique et engagement social. « Il y a un paradoxe : ce territoire est historiquement "à mission", mais le modèle juridique peine à s’y imposer. »
Le projet "Société à Mission Europe" veut comprendre ce paradoxe et y remédier. Comment ? En associant recherche académique, acteurs économiques et territoires pour créer un écosystème où la société à mission devient la norme, et non l’exception.
Un Projet Ambition : 3 Axes, 7 Ouvrages, 1 Objectif Européen
1. Une Méthode Hybride : Empirique et Théorique
Le projet s’appuie sur une double approche :
- Sur le terrain : cartographier les entreprises engagées (sociétés à mission, B-Corp, RSE, permaentreprises,…) et analyser les politiques publiques locales.
- En théorie : proposer un cadre juridique européen harmonisé, inspiré des modèles nationaux.
« Nous allons faire un va-et-vient permanent entre empirique et théorique, » précise Matthieu Caron. « Par exemple, nous avons l’ambition de convaincre une entreprise française d’implémenter la société à mission dans ses filiales européennes, pour tester si le modèle peut s’exporter. »
2. Une Production Scientifique et Grand Public
D’ici 2028, le projet prévoit :
- 7 ouvrages, dont :
- 2 ouvrages pour chaque axe de travail (territoire, national et européen).
- 1 série d’entretiens avec des leaders locaux « Ces entrepreneurs du Nord qui changent le monde » (2028)
- 1 guide pratique pour les entreprises « La société à mission, mode d’emploi »
- 3 universités d’été (la première en juin 2026) pour partager les résultats.
- À terme, notre ambition est de passer d’un réseau de 50 chercheurs à un collectif de 100 experts, afin de créer une dynamique durable et de structurer un mouvement scientifique et opérationnel autour de la société à mission.
« Notre objectif est de faire naître un mouvement, pas seulement un projet » souligne Matthieu Caron.
Les Freins à l’Adoption : Méconnaissance et Craintes Infondées
Pourquoi si peu d’entreprises osent franchir le pas ?
- Manque de visibilité : beaucoup ignorent que ce modèle existe.
- Crainte de la complexité : pourtant, la société à mission est peu contraignante et flexible.
- Approche "cosmétique" : certaines entreprises l’adoptent sans en saisir la portée transformative.
« La société à mission, c’est réécrire l’histoire de l’entreprise avec toutes ses parties prenantes » insiste Matthieu Caron. « Quand c’est bien fait, ça change tout. Prenez La Camif : ce modèle a profondément transformé sa culture d’entreprise car son leader, Emery Jacquillat l’a utilisé comme un puissant levier de transformation »
Un Atout Majeur : L’Auto-Responsabilisation
Contrairement aux normes imposées (comme dans l’Économie Sociale et Solidaire), la société à mission mise sur l’engagement volontaire. « Les entreprises préfèrent se réinventer plutôt que subir des contraintes, » explique-t-il. « C’est un équilibre entre liberté d’entreprendre et responsabilité. »
L’Impact Attendu d’ici 2028 : Diffusion et Influence Européenne
Le projet "Société à Mission Europe" vise deux résultats concrets :
- Rendre le modèle visible et compris : via des ouvrages, des formations et des événements.
- Obtenir un texte européen : un livre vert ou blanc de l’UE pour harmoniser les pratiques.
« La réussite, ce serait que le modèle soit mieux connu, mieux compris, et qu’un jour, il existe une société à mission européenne » résume Matthieu Caron.
Un Message Clair aux Entreprises Hésitantes
« Formez-vous à la société à mission plutôt qu’aux autres outils de l’éthique des affaires. C’est bien plus transformationnel. Et lisez nos ouvrages quand ils seront sortis : ils vous donneront les clés pour agir ! En tout cas c’est tout l’enjeu d’un projet de recherche-action et nous espérons être à la hauteur de ce défi »
Et Après 2028 ?
Le projet ne s’arrête pas là. L’objectif est de pérenniser un mouvement pour une économie où performance rime avec impact. Les Hauts-de-France pourraient bien devenir le symbole d’une nouvelle façon d’entreprendre – à la fois ancrée localement et tournée vers l’Europe.
Pour suivre le projet :
- Une page web
- LinkedIn (400 abonnés en une semaine !).
- Ouvrages à paraître en 2027 : « Ces entrepreneurs du Nord qui changent le monde » et « La société à mission, mode d’emploi ».
Matthieu Caron, maître de conférences en droit public à l’UPHF et porteur du projet Société à Mission Européenne, s’appuie sur l’expertise de Stéphane Vernac, professeur de droit privé à l’UPJV et chercheur associé à Mines ParisTech. Figurant parmi les pionniers de la société à mission depuis 2012, Stéphane Vernac a joué un rôle clé dans la crédibilisation scientifique du projet, permettant de rassembler un consortium solide. Leur collaboration, enrichie par le partenariat avec Mines ParisTech, a été déterminante pour concrétiser cette initiative ambitieuse.
Pour financer ce projet, Matthieu Caron a déposé une demande de subvention FEDER, ce qui a nécessité la constitution d’un consortium de partenaires. Parmi eux, la CARAC, une mutuelle engagée en tant qu’entreprise à mission, a joué un rôle clé en s’engageant à financer le projet à hauteur de 40 000 euros par an pendant trois ans. Ce soutien financier a été déterminant : il a permis de lancer concrètement le projet et d’attirer d’autres acteurs majeurs à ses côtés.