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« L’art de soigner » : quand la création artistique s’invite dans la formation des soignants
Écouter, trouver les mots justes, rester présent auprès d’une personne fragile : la qualité d’un soin tient autant à la relation qu’au geste. À Valenciennes, Cambrai et Maubeuge, l’Université Polytechnique Hauts-de-France et trois instituts de formation en santé font le pari que le théâtre, le cinéma, la danse, l’écriture ou la photographie peuvent aider les futurs soignants à mieux y être préparés. Un projet de trois ans, soutenu par le Fonds social européen + (FSE+), pour le mettre à l’épreuve.
Quand la technique ne suffit plus
Les formations en santé ont beaucoup progressé dans la transmission des savoirs théoriques et des gestes techniques. Reste une part de la compétence soignante plus difficile à enseigner, et plus encore à évaluer : entrer en relation, comprendre ce que ressent l’autre, affronter la dimension éthique d’une situation, prendre du recul sur sa propre pratique.
La question est aujourd’hui au cœur des réflexions du secteur. En septembre 2026, la Haute Autorité de santé (HAS) a ainsi engagé, avec la Société francophone de simulation en santé, l’élaboration d’un guide de bonnes pratiques consacré à la formation à la relation entre professionnels et patients.
Les arts comme espace d’apprentissage
Le projet porté par l’UPHF propose une voie complémentaire : faire entrer les arts, la culture et les humanités au cœur des parcours de formation. Face à une pièce de théâtre, à un film, à une photographie ou à un atelier d’écriture, l’étudiant se confronte à des réalités humaines complexes, expérimente d’autres manières d’écouter et d’interagir, et porte un regard plus distancié sur sa future pratique.
Au-delà des compétences, c’est aussi la construction de l’identité professionnelle des futurs soignants qui est en jeu.
Un projet bâti à plusieurs mains
Porté par l’UPHF, le projet repose sur un partenariat étroit avec l’Institut de formation aux métiers de la santé (IFMS) de Valenciennes et les instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) de Cambrai et de Maubeuge. Ces établissements sont au cœur de la démarche : ils mettent en œuvre les dispositifs pédagogiques, intègrent les actions artistiques à leurs parcours de formation et participent à l’évaluation scientifique du programme.
Autour d’eux se tissent des passerelles avec des univers qui ont encore rarement l’occasion de travailler ensemble : établissements de santé et institutions culturelles, dont Le Phénix, scène nationale de Valenciennes. En offrant à de jeunes professionnels en formation un accès concret aux pratiques artistiques, le projet répond enfin à un enjeu d’égalité : réduire les inégalités sociales, culturelles et territoriales.
Sur le terrain : une pédagogie aux multiples formes
Le programme 2026-2027 articule plusieurs pratiques artistiques, pensées comme autant de portes d’entrée vers la relation de soin :
- Théâtre : Le syndrome du spaghetti, destiné aux étudiants de première année, puis Le Loft, sont proposés aux étudiants à l’Intermède.
- Cinéma : des ciné-débats autour du Bal des folles, des Adaptés (un documentaire réalisé dans les Hauts-de-France sur les effets du réchauffement climatique dans la région) et de Vivre c’est vieillir, projeté à Maubeuge puis à Cambrai en présence de la réalisatrice.
- Photographie : l’exposition L’emprise de David Diruit, présentée à partir de début 2027.
- Danse et pratiques corporelles : des ateliers autour du corps, de la respiration, des fascias et du yoga, pour apprendre à gérer le stress et les émotions et à s’affirmer.
- Écriture créative : des ateliers avec le poète Julien Bucci, consacrés au corps, au regard des autres et à l’empathie.
Le projet s’appuie aussi sur la programmation culturelle du territoire, avec notamment, au Phénix, des rendez-vous liés à la semaine de la santé mentale (XXL, sur la grossophobie) et à la thématique de la réparation et de la résilience (Break Fix). S’y ajoutent une journée de séminaire consacrée aux soins palliatifs et, à la demande de l’IFMS, une conférence sur le management à travers l’art.
Comprendre ce que l’art change réellement
Une conviction ne fait pas une pédagogie. Le projet associe donc expérimentation de terrain et recherche, avec une évaluation scientifique du programme. Quelles pratiques se révèlent les plus pertinentes ? Quels effets peut-on observer chez les étudiants ? À quelles conditions ces approches peuvent-elles s’inscrire durablement dans les cursus ? Les réponses doivent nourrir les équipes de formation et pouvoir être transposées bien au-delà du territoire valenciennois.
Franck Barbier, vice-président délégué en charge du secteur santé de l’UPHFEn cohérence avec la signature polytechnique de notre établissement, nous pensons que la formation des professionnels de santé ne peut pas se résumer à l’acquisition de connaissances et de gestes techniques. Elle doit aussi préparer les futurs soignants à prendre du recul et à faire face à la complexité humaine des situations qu’ils rencontreront. En faisant dialoguer les arts, les sciences de la santé et les sciences humaines, nous voulons explorer de nouvelles façons de développer ces compétences essentielles. C’est la responsabilité d’une université polytechnique d’expérimenter, d’évaluer et de partager des approches susceptibles de faire évoluer durablement les formations et les pratiques.
En savoir plus
Le colloque international « L’art de soigner » sera un temps fort du projet. Retrouvez le programme, les intervenants et les modalités d’inscription sur la page dédiée à l’événement.
Projet cofinancé par l'Union européenne, dans le cadre du dispositif FSE+.